Le travail avec un chien est à lui seul une leçon d’humilité….ceux qui croient le contraire arrivent à de bien piêtres résultats.

Je l’ai déjà précisé, ma découverte du monde merveilleux du travail du chien remonte à 1986.En 1988, j’étais catapulté moniteur d’éducation canine. J’ai d’abord fait comme tout le monde, faisant tourner les gens et les chiens en rond pendant une heure, alternant les slaloms et les marche-arret.Je savais au fond de moi qu’il « manquait quelque chose ».

Puis j’ai découvert un livre aux éditions marabout qui s’appelait dressage tendresse. Ce titre m’a interpellé et je me suis plongé dans cette lecture. Ce livre m’a ouvert tant de portes qu’il reste à ce jour une de mes référence dans ma connaissance de base du chien. La lecture détaillée sur les facultés du chien me fit comprendre que le chien était différent et que notre approche devait changer.C’était ça le truc qui manquait ! Nous devions arrêter de nous adresser à notre chien comme si c’était un humain….

Ceci a constitué ma première grande révolution dans ma fonction de moniteur mais aussi dans la vie du cub….Les gens devaient voir le chien différement, oui mais comment faire…EUREKA : il faut former les gens, leur montrer las bases pas seulement pratiques,mais aussi théoriques.

Autant vous dire qu’à cette époque (qui n’est pas si lointaine en années mais qui peut représenter la préhistoire tant le statut du chien a évolué depuis) la question de la théorie du chien ne se posait de loin pas en ces termes.Un moniteur était là avant tout pour être sur le terrain à montrer comment faire et rien de plus.Imaginez la tête des membre du comité (et oui il fallait leur aval car comme toute association les « dirigeants » se regroupaient en comité, les membres d’associations savent de quoi je parle) lorsque je leur ai dit que chaque dimanche on allait former les gens en salle à la théorie du fonctionnement du chien….J’ai cependant eu la chance d’avoir un président de club avantgardiste qui m’a fait confiance et m’a dit BANCO.Ils voulaient avant tout voir ce que cela donnerait.Je dois dire que le premier cours théorique que j’ai donné j’étais un peu fébrile, ne sachant pas si j’allais intérrêsser les gens. A ma grande surprise ce fut les cas…

Pendant les années qui suivirent les cours théoriques se sont multipliés, ont été intégrés aux formations pratiques des gens, des questions sur ces cours étaient posées aux gens qui passaient d’un niveau d’obéissance à un autre et cela plaisait à tout le monde. Un jour mon président de club discutait avec moi et m’a dit « tu sais ce qu’on fait ici le dimanche matin, cela ne se fait nulle part ailleurs en Alsace…mais les gens adorent ». Je vous laisse imaginer ma fierté à 25 ans….

Aujourd’hui à mon grand regrêt, cette notion de former les gens est passée aux oubliettes…peut être qu’un jour un jeune moniteur d’éducation canine aura à nouveau l’idée qui sait.

Mais l’influence de ce livre ne s’est pas arrêtée là.Dans ce livre un chapitre entier est consacré aux récompenses et punitions. Pour la punition, l’auteur ne préconise pas du tout l’emploi d’un collier étrangleur (maintenant on appele cela un collier sanitaire, cela fait moins peur mais l’effet sur le chien est le même)contrairement aux pratiques actuelles.Moi même je l’ai utilisé durant de longues années. Lorsque j’ai lu cela ma première pensée a été « tout cela est bien beau et bien joli mais on fait comment avec 40 ou 50 Kg de muscles qui ne veulent pas coopérer ? ». J’ai trouvé la réponse mais bien plus tard.Car ce livre a ceci de merveilleux qu’il est à plusieurs détentes : la première lorsque vous le lisez car il révolutionne votre façon de penser, la deuxieme lorsque vous relisez le livre car il vous donne encore plein d’informations qui étaient passée inaperçues à la première lecture et ainsi de suite…..

Puis un jour par le plus grand des hasards, je tombe sur l’illustration de cette méthode de dressage.Une personne me « montre » un stage dressage tendresse avec un chien, je devrais dire une terreur. Ce berger Blanc Suisse de 35 Kg dévastait tout dans la maison mais surtout agressait tout ce qui bougeait. Vous veniez serrer la main à la propriétaire et bang le chien vous avait dejà laissé sur le bras un souvenir de votre rencontre.

Je dois dire que je ricanais dans mon coin : comment cet educateur canin allait il s’en sortir, lui qui s’était vanté de régler les problèmes courants du chien en 1 jour ½ et surtout qui annonçait un couché pas bougé de 30 minutes minimum…..pour un gars de club canin c’était de la science fiction….

Et ben le gars du club canin (en l’occurrence moi) a été bleuffé par ce qu’il a vu ce jour là. Non seulement le chien a fait 1 couché pas bougé de 30 minutes avec des balles de tennis qui fusent devant lui, des jouets qui font pouet pouet à tout va, mais en plus ce couché intervient à 11h45 alors que le stage a démarré à 10h00.Et en plus il recommence l’apres midi….

Le résultat : un chien recadré en un temps record qui vient même chercher des caresses chez nous. Et tout cela dois je le préciser sans collier étrangleur, à pointes, sans crier ni frapper le chien.Je dois vous dire que cette journée a constitué un sacré tournant dans ma vision du chien.

Michel Hasbrouck constitue encore une référence dans le monde du dressage de chien. Il a éduqué et dressé avec succès beaucoup de chiens de célébrités. Mais il a aussi sauvé de l’euthanasie beaucoup de chiens.Malheureusement, comme toute personnes qui réussit, il a aussi ses détracteurs qui le traitent de fou furieux, de violent etc…N’oubions pas que cette personne travaille sans collier étrangleur, sasn coups ni cris.Il fait certes des choses impréssionnantes vue de l’extérieur, mais avez-vous dejà assisté à une rencontre de chien qui tourne mal ? Avez vous déjà vu un repas de plusieurs chiens qui vire rapidement à la confrontation ?

Au risque de vous choquer j’ose affirmer que chez le chien il existe une certaine forme d’agressivité dont l’animal se sert pour maintenir les liens hiérarchiques….celà qu’on le veuille ou non.Feriez vous manger de la vache à un indou ? Probablement non parce que vous respecteriez ses croyances.Et bien parler « chien » c’est un peu comme respecter ses croyances….donc on va intégrer une certaine forme de « pouvoir sans concessions ».

Michel Hasbrouck l’avait compris bien avant beaucoup de gens.Ca lui a permis de récuperer des chiens réputés irrécupérables.Il est a ma connaissance en retraite mais continue certainement de prodiguer ses conseils à ses disciples.

Cet homme a révolutionné ma façon de penser chien, de travailler avec un chien. Si j’en suis là c’est grâce en partie à lui. Je reste cependant à la recherche de la méthode la plus « soft » possible et n’hésiterai pas à changer ma méthode de travail si je suis convaincu de ce que je voie.Cette attitude n’est ni un reniement, ni un comportement girouette. C’est simplement le reflet d’une évolution de l’esprit car ceux qui pensent qu’ils détiennent la science infuse (et ils sont nombreux croyez moi) sont définitivement perdus pour le monde canin.