Bonjour, mon nom est Christophe spieser, je suis éducateur canin professionnel, et le jeune homme de 14 ans en question, c’était moi.

 

Le plus lointain souvenir de mon enfance m’amène à l’âge d’environ cinq ans. Mon père avait ramené un chien à la maison, chien qui traînait sur un chantier. Je me souviens que nous avons insisté pour le garder, ma mère a cédé. Ce chien était loin d’être éduqué, mais en 1975, l’éducation du chien n’était pas prioritaire. D’ailleurs à cette époque le statut du chien était bien différent de celui qui existe actuellement. Ce chien n’est resté avec nous qu’un an environ puis s’est sauvé, officiellement du moins, car les histoires des grandes personnes ne concernent pas les enfants…

 

Par la suite, mes parents ont divorcé, et nous n’avons plus eu de chien dans la famille jusqu’à ce que ma mère se remarie et que nous allions habiter dans une maison ou un chien était déjà présent. Ce chien s’appelait Diane (prénom paradoxal pour un mâle) et devint ce que j’appelle « le chien d’une vie ». Le chien d’une vie est généralement le premier chien auquel vous êtes confrontés pour l’éducation. De cette expérience va dépendre votre vision future du chien : soit cela se passe merveilleusement bien et votre envie, votre confiance en vous donc votre efficacité va être décuplée, soit cela se passe horriblement mal et vous êtes vaccinés à tout jamais contre la possession d’un animal de compagnie en l’occurrence un chien.

 

Lorsque je suis arrivé dans ma « nouvelle maison », Diane avait déjà quatre ou cinq ans.c’était un labrador croisé avec probablement beaucoup d’autres chiens. Il mangeait beaucoup trop, cela se voyait et se répercutait sur sa condition physique.Il est d’ailleurs mort prématurément de cela. En laisse, il tirait de toutes ses forces pendant toute la promenade ce qui rendait celle-ci pénible. Il va de soi également qu’il se couchait quand il voulait, où il voulait et ne regardait l’humain que pour ses repas et les caresses. Bref, son obéissance était proche de zéro.

 

Un jour, je tombe sur un livre avec un titre évocateur : « éduquer facilement votre chien ». Je l’achète, le lit,Je ne comprends pas tout à ce livre et les résultats sur mon chien sont peu probants.

 

Je sais que dans mon village il y a un club canin.Je m’y rends un dimanche matin avec mon chien et la je tombe sur le président du club qui s’entraîne avec sa chienne, berger Allemand à poil longs prénommée Sarah. Je suis stupéfait de l’écoute de ce chien par rapport à son maître, de sa capacité à faire des choses sur ordre.

 

Je m’imagine que le chien que j’ai moi-même au bout de la laisse ne sera jamais capable de faire de telles choses.Il est trop tard pour ça, il est trop bête, ce n’est pas un berger allemand, bref je passe en revue toutes les fausses idées que l’on peut se faire sur le chien. À la fin de son entraînement, le président du club vient discuter avec moi, à ma grande surprise. Il me dit que ce n’est pas trop tard que l’on peut encore améliorer les choses et que je devrais revenir le samedi suivant l’après-midi «pour voir »….

 

Le samedi suivant, j’étais au rendez-vous avec mon chien. Ce fut une révélation je constatai dès ce jour là les progrès accomplis par mon chien. Il suffisait de lui parler de la bonne manière, l’encourager et cela marchait. À la fin de la séance, le président du club m’a demandé si j’étais intéressé pour revenir : et comment j’étais intéressé !

Il m’a dit qu’il cherchait aussi des jeunes comme moi pour faire mordre les chiens, faire « l’homme d’attaque » comme on disait à l’époque, mais aussi pour faire « traceurs » en pistage, et aussi moniteur. Je n’ai pas compris à ces termes mais je dis oui. Il m’a donc donné rendez-vous le mardi soir suivant.

 

C’est à partir de ce moment-là que ma mère m’a appelé «le courant d’air ». À son grand regret, je passais plus de temps à la société canine qu’à la maison.

J’ai été pris en main par des « anciens » qui m’ont appris l’essentiel sur le fonctionnement du chien, m’ont formé aussi bien aux disciplines de pistage aux disciplines de mordant. Mon chien à progressé rapidement dans l’obéissance pour arriver au plus haut niveau (échelon trois), même s’il n’avait pas le droit de concourir car l’époque les concours étaient uniquement ouverts au chien avec pedigree.

J’étais fier de montrer aux autres qu’un chien « sans papiers »(c’est à dire sans pédigrée) pouvait rivaliser avec eux dans l’obeissance.

 

Puis à quinze ans et demi je suis passé moniteur d’éducation canine.J’ai commencé à faire comme les autres moniteurs que j’avais vu : mettre les gens en ligne et les faire tourner en rond pendant une heure. Je me suis rapidement aperçu que ce n’était pas cela la solution.

Cette reflexion m’a tout naturellement orienté sur la formation individelle en mettant en place un système de sept niveaux avec introduction de cours théoriques.

Ce type d’enseignement avait un succès tel que certains dimanches nous avions 45 chiens sur le terrain avec six moniteurs……. pas facile à gérer.

 

En 2003, je me suis dit que peut-être je pourrais faire de ma passion mon métier. Je suis donc passé professionnel du chien.

Le problème, c’est que la société canine est sous le statut d’association donc gère des bénévoles et voit d’un mauvais œil les professionnels. À part pour mon club, je suis passé « à l’ennemi », alors que l’on pourrait s’entendre et devenir complémentaires, on préfère se tirer dans les pattes. Je me bats continuellement pour que cela change, mais l’inertie de la politique freine beaucoup les bonnes volontés.

Un éducateur canin fonctionne à l’heure pensais je . J’ai d’ailleurs commencé comme cela….avant de découvrir la révolution.

 

Un jour je surfe sur Internet et je découvre la méthode « dressage tendresse », une méthode qui en un jour et demi règle les problèmes d’éducation.Septique, je vais voir de visu : sans collier étrangleur, sans coups sans cris le chien est transformé à vue et en très peu de temps.Je me dits que c’est ce que je veux faire…

Depuis j’ai fait beaucoup de stages, amélioré les choses, renommé le stage en « educ express » car le dressage pour moi c’est autre chose, ça c’est de l’éducation.

 

Au départ les gens me disaient : moi mon chien je veux juste qu’il ne tire plus en laisse, qu’il reviennent quand on l’appele et qui se couche ou je lui dit.Pour le reste je ne veux pas d’un chien de cirque. »

Ok, Ok, pas de problèmes, pour le reste on verra. Six mois apres ils m’appelaient : on s’ennuie avec notre chien parce qu’il obéit bien et que le piéger devient difficile.Qu’est ce qu’on peut faire ? »

 

Ces demandes coïncidèrent avec ma découverte du clicker training et de ses applications au dressage. Je découvre cette méthode par hasard et m’y intéresse tout de suite car elle est ludique pour tout le monde (chien et humains).

 

Cependant ce n’est pas ma priorité et je laisse le soin aux clubs de pratiquer le dressage avec des chiens que j’ai formé. Seulement ça c’est la théorie. En réalité, la méthode clicker si excellente soit-elle, n’est pas du tout bien apprise aux gens dans les clubs.

 

J’ai moi-même appris la méthode clicker de manière empirique avec mon chien et un livre. J’ai donc pu me rendre compte de la puissance de la méthode mais aussi de la confusion qui risque de n’être dans l’esprit des gens. Il y a un tas d’idées fausses qui circulent sur cette méthode. Les gens n’ont pas compris que cette méthode est avant tout une méthode d’apprentissage et qu’une fois l’exercice appris, on peut supprimer le clicker. Les gens des clubs en général n’ont pas compris cela et diffusent un message complètement tronqué.

 

J’ai fait l’effort de m’inscrire à une formation clicker en club. Sur 50 participants, 40 sont repartis de cette formation avec des idées négatives sur cette méthode du genre « méthode de M…. ». Tout cela parce que la méthode n’a pas été expliquée correctement aux gens. Je m’en suis sorti et j’ai compris ce que voulait dire la formatrice parce que j’avais déjà expérimenté la méthode sur mes chiens et que je savais exactement elle voulait en venir. Les autres, n’avait pas cette chance et ont eu l’esprit plus embrouillé à la fin de la formation au sujet de cette méthode qu’au début de la formation.

 

 

À partir de ce constat, je suis parti du principe que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même. J’ai donc mis au point une méthode d’initiation au clicker qui s’intitulait : «click challenge » dont le slogan était formation en cinq semaines, cinq étapes,cinq exercices. Je voulais qu’à la fin de la formation le couple maître-chien maîtrise cinq exercices simples appris avec le clicker training. J’avais pour cela contacté mes anciens stagiaires car une grosse demande de dressage était parvenue de ce côté-là.

 

Six personnes ont répondu favorablement à cette formation. Malheureusement, quatre seulement ont suivi la formation de cinq semaines jusqu’au bout. La déception a rapidement fait place à l’analyse. Il devient très difficile pour les gens de mobiliser cinq samedis pendant une heure pour venir en cours de clicker. Soit. Internet est donc la solution. Pouvoir visualiser des vidéos de formation quand on veut, à l’heure qui nous convient, à la fréquence qui nous convient, voilà LA SOLUTION.

 

Depuis, j’ai continué mon bonhomme de chemin. Le hasard m’a fait rencontrer des types géniaux. Des espèces de fous qui dressent des chiens pour le spectacle. Lorsqu’on voit ces spectacles au bout de quelques minutes on oublie que le chien est un chien. On voit en lui un acteur qui joue un rôle. Ce sont les seuls à ma connaissance qui envisagent le spectacle animalier de cette façon. J’ai eu la chance de travailler avec eux pendant deux saisons. Oh cela n’a pas été de tout repos, beaucoup de remise en question ont été nécessaires, beaucoup de kilomètres parcourus, de jours de congé sacrifiés. Mais au final, que de satisfactions….

 

Je ne crois pas au hasard. J’ai enfin compris mon rôle dans ce grand puzzle de la vie. Je suis fait pour enseigner au plus grand nombre qu’éduquer son chien est une nécessité mais que c’est facile, que dresser son chien est un poil plus compliqué mais que la communication avec son animal qui en découle n’a pas de prix.

 

 

 

 

Enfin, un projet assez vieux me taraude encore l’esprit.Depuis 2004, je suis l’heureux propriétaire d’un chien loup de saarloos. Ce chien m’a appris énormément sur le fonctionnement canin grâce à la part de loup qui est en lui. Ce chien, réputé indressable, c’est avec moi des démonstrations dans différents salons animaliers. Avec le retour du loup en France, les vieilles peurs ont resurgit. L’idée est de fabriquer un spectacle qui réconcilie enfin l’homme et le loup.

 

 

Voilà, la tâche est immense, le boulot ne va pas manquer……Bienvenue dans le monde du chien !