Comme je l’ai déjà évoqué dans l’article « pourquoi éduquer un chien peut vous éviter bien des ennuis », le chien a un mode de fonctionnement radicalement différent de celui de l’humain. Ainsi, lorsque l’on communique avec le chien, il a intérêt à lui parler dans son langage. Le chien a un degré de conscience inférieur au chien. Cela ne veut pas dire qu’il est plus bête que l’homme (sans jeu de mot), cela veut simplement dire qu’il a conscience de moins de choses que nous parce que ça ne lui sert pas dans la nature.

Par exemple, le chien n’a pas la même notion du temps que nous. Tout simplement, parce que cette notion doit lui apporter quelque chose dans sa vie naturelle. Le chien se sert de ses actions passées pour adopter son comportement présent certes, mais dans trois jours il sera incapable de dire si l’action qu’il vient de faire s’est passé il y a un jour deux jours ou trois jours. Pourquoi cela ? Parce que ça ne lui sert à rien dans la nature. Ce qui l’intéressait de savoir si ça s’est passé ou non.

Au contraire pour l’humain, cette donnée est assez importante. C’est pour cela que l’homme a inventé la montre, l’agenda, le calendrier, etc…

Malheureusement, l’homme continu à considérer que le chien est un humain en réduction. Il lui parle comme à un humain, veut le faire manger comme un humain, veut le faire dormir comme un humain, et parfois même l’habille comme un humain. Or, rappelez-vous : le chien est un chien.

C’est un animal de meute. Il obéit à une règle qui est la monarchie absolue, ne s’encombre pas avec la démocratie, ne connaît pas l’égalité. Chez un chien, la lutte pour le pouvoir peut conduire à la mort. Il faut que l’humain se mette en tête ceci : le système de hiérarchie qui existe chez le chien implique une « certaine agressivité possible ». Cela ne veut pas dire un chien agressif est un chien méchant.

Ces bases étant posées, laissez-moi vous donner les trois raisons qui font que votre chien a cessé vous obéir ou ne vous obéit pas.

 

Première raison : croire que les choses vont s’améliorer avec le temps.

C’est assez paradoxal pour un éducateur canin de constater que les gens pensent que le chien va apprendre tout seul sans qu’on ait besoin de faire quoi que ce soit. Ils s’imaginent que leur meilleur allié est le temps. Combien de fois ai-je entendu cette rhétorique : on m’a dit qu’il se calmerait vers l’âge de un an mais visiblement ça ne sera pas le cas car c’est de pire en pire.

Je le dis et le répète : dans le duo maître chien, le seul qui pose problème… c’est le maître. Celui qui est censé insuffler au chien la bonne manière de faire. Lorsque vous achetez un chiot, celui-ci a huit semaines environ lorsqu’il vient chez vous. Passé le cap du choc de changement de situation, qui dure en général deux trois jours (changement d’environnement, nouvelles odeurs, souvent plus de congénères, changement de rythme, etc…), Le chien va commencer à regarder ce qu’il peut faire et ce qui ne peut pas faire. Oui, oui à huit semaines déjà… Cette donnée est en réalité inscrite dans l’ADN du chien. Cet animal a fait le choix de vivre en meute, lui garantissant plus d’efficacité dans la chasse, donc de meilleures conditions de vie. Cette vie en meute ne peut s’effectuer que si elle fait partie d’un schéma de hiérarchie stricte, à savoir, un couple dominant (même si je n’aime pas ce terme car il a été galvaudé de nombreuses reprises) et des subordonnés obéissants. La nature étant bien faite, elle a prévu un système de secours en cas de défaillance du ou des chefs. Derrière le numéro un, il y a toujours un numéro deux qui va calquer son comportement sur le numéro un et qui va de temps en temps tester le numéro un. Suite à la réponse qu’il aura à ces tests, il va adopter tel comportement ou tel autre. Si à un moment donné ce chien a jugé qu’il est plus apte à prendre le pouvoir que son chef, il va le défier. À l’issue de cette explication, le pouvoir peut changer de bord. Cette règle ne souffre pas d’exception possible. C’est une question de survie de la meute.

C’est pour cela que votre chiot multiplie les « bêtises » lorsqu’il est jeune. D’une part sa gueule constitue sa main. C’est elle qui va lui permettre de découvrir le monde ces objets, ses odeurs, ses textures. En plus de découvrir le monde, il apprend à doser la force de sa mâchoire. Je vous signale au passage, que le petit humain adopte le même mode de fonctionnement lors de son jeune âge. Lui aussi découvre le monde en mettant tout ce qui passe à sa portée à sa bouche. Lui aussi à un moment, rattraper votre doigt dans sa bouche et va serrer jusqu’à ce que vous lui disiez que vous ayez mal.

Tout cela vous paraît parfaitement normal n’est-ce pas ? Alors pour que nous pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement avec un chiot ?

Prenons un autre exemple : le chiot très jeune va de manière générale avoir un excellent rappel. Cette propriété est due à sa faible découverte du monde justement. Comme le monde à découvrir est immense, il va toujours caler son attention sur vous car vous êtes son seul repère. Ainsi, lorsque vous l’appelez, il revient instantanément. Comme cela vous paraît naturel, vous ne pensez pas à récompenser votre chien parce qu’il revient vers vous. Ce comportement ne donnant pas de plaisir particulier, il sera rapidement « oublié » dès que le chien n’aura plus besoin de vous pour découvrir le monde à savoir lorsqu’il aura quelques mois de plus. Ici en l’occurrence, les choses ne vont pas s’améliorer avec le temps loin de la, elles vont plutôt se dégrader.

Je vais maintenant vous confier un secret. Pour l’éducation de base, le facteur temps n’est pas une donnée importante. L’important, c’est de vous positionner comme un chef. Si tel est le cas, le chien obéira instantanément. C’est pour cette raison que lors de mes « tests de comportement gratuit » j’arrive à faire en sorte qu’un chien ne tire plus en laisse en moins de 10 minutes chrono quel que soit son âge, sa race, sont passé. Les gens sont toujours éberlués de voir les résultats et ils me donnent toujours la même réponse : ce n’est pas possible, ce n’est pas mon chien. Bien sûr que si que c’est votre chien, il fait simplement ce qu’il sait faire. Obéir à son chef…

 

Deuxième raison : le manque de systématisme.

Je vous l’ai déjà dit : lorsque vous donnez un ordre un chien, celui-ci est partagé entre deux sentiments. Le premier est de faire plaisir à son maître. Le deuxième est de tester son maître pour voir s’il est toujours capable d’assurer  le pouvoir. Cette dernière donnée implique une nécessité absolue de se faire respecter et de ne pas se laisser contester. Or, si vous donnez la main à un chien, il vous prendra le bras. Pour illustrer mon propos, je vais vous soumettre une scène à laquelle j’ai été souvent confronté. Elle se passe dans le club canin.

Durand possède un petit épagneul breton de un an et demi. Ce chien plein de vie a du mal à se contrôler. Ce qui fait que de l’extérieur, on voit un homme dont l’exaspération monte à chaque minute et un chien qui a de plus en plus de mal à rester au pied de son maître assis. Le moniteur intervient et expliqua M. Durand qu’il faut qu’il répète inlassablement le mot « aux pieds » à son chien et surtout où chaque fois qu’il remet en place. Sur leur éducation, le chien sera remis en place une bonne cinquantaine de fois. Cela veut dire que ce chien aura entendu le mot aux pieds 50 fois pendant une heure. Que croyez-vous que le chien aura compris au bout d’une heure ? Tout simplement que l’ordre « aux pieds » est un ordre facultatif. Il est en effet facultatif car si le chien ne conteste il ne se passe rien, à part une répétition de l’ordre. En réalité, le chien aura appris que s’il veut éviter d’obéir il lui suffit de contester les ordres et de ne jamais s’arrêter de bouger. Naturellement M. Durand aura eu l’ impression de sanctionner son chien. Il aura tiré violemment à plusieurs reprises sur le collier étrangleur de son chien (pour ne pas vous faire quand on parlera de collier sanitaire dans les clubs. C’est exactement la même chose que le collier étrangleur mais ça vous fera moins peur). Comme les sanctions seront arrivées de façon totalement désordonnées, aucune règle logique n’aura pu être tirée par le chien.

Par contre si à chaque fois que le chien désobéi il est puni de manière proportionnée et exponentielle, la donne change car le message envoyé au chien est clair et celui-ci pour son confort personnel obtempérer rapidement.

 

Troisième raison : le manque de récompense.

Cette raison est importante car la récompense constitue la clé de voûte de toute éducation réussie. L’humain a pourtant cette faculté de considérer une chose normale pour lui-même et anormale pour le chien. Je m’explique : si j’apprends au chien à me saluer en s’asseyant devant moi plutôt qu’en me sautant dessus, cela implique que chaque fois qu’il s’assiéra devant moi il sera récompensé. Oui mais, allez-vous dire, au bout d’un moment le chien saura faire ce que je lui demande et n’aura donc plus besoin de récompense. À cela je réponds : lorsque vous travaillez, vous êtes amenés à faire des tâches que vous avez déjà faites avec succès. Accepteriez-vous que votre patron arrête de vous payer puisque vous savez déjà faire ces tâches ? En clair, voudriez-vous que votre patron ne vous paye uniquement que pour des tâches que vous avez réussies pour la première fois ? Le chien a constamment besoin de savoir où il en est. Est-ce que ce qu’il fait actuellement est du goût de son chef, autrement dit est qu’il est sur la bonne voie ou bien file t’il un mauvais coton ? Il n’est nul besoin de se promener constamment avec des morceaux de gruyère dans sa poche. Pour les exercices que le chien contrôle parfaitement un « oui c’est bien mon bonhomme » devrait suffire. Mais celà devrait en théorie arriver à chaque exercice parfaitement exécuté. De même que votre salaire arrive les 30  de tous les mois et peu importe si vous savez déjà faire votre travail ou non.

Pour conclure, à la lecture de cet article vous vous êtes rendus comptes que finalement l’éducation du chien n’est qu’une question de langage. Si vous parlez la bonne langue, votre chien comprendra tout ce que vous voulez lui et le fera sans hésiter. Au contraire, si vous vous obstinez à parler à votre chien comme un humain parlerait à un autre humain, attendez-vous à ce que votre message soit brouillé, et que votre chien prenne le pouvoir faute de candidats sérieux pour sa place.